Accords de libre-échange et réforme du travail au Mexique

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Benedicto Martínez Orozco dirige le syndicat indépenant Frente Auténtico del Trabajo (FAT – Front authentique du travail) mexicain et vice-président de l’Unión Nacional de Trabajadores (UNT – Union nationale des travailleuses et des travailleurs), fédération créée en 1998 et qui regroupe quelques syndicats indépendants des organisations corporatistes associées avec l’État et les partis de droite.

L’entrevue porte sur l’impact des accords de libre-échange sur le monde du travail au Mexique. Rappelons que la nouvelle entente commerciale nord-américaine prévoit notamment que 40% de la production automobile soit le produit de conditions de travail qui implique un salaire minimum de 16 $ de l’heure, ce qui totalement inaccessible pour la très grande majorité des travailleuses et des travailleurs mexicains. Le FAT est membre de la coalition Mexico mejor sin TLC, qui s’oppose aux accords de déréglementation et de libre-échange, tels le Partenariat transpacifique (PTP) et le nouvel accord nord-américain, intitulé Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC).

Nous présentons une partie de l’entrevue avec Benedicto Martinez, réalisée notamment par Ronald Cameron, d’ATTAC-Québec, membre du RQIC, le samedi 3 novembre 2018 au Centre culturel universitaire Tlatelolco de la ville de Mexico, à la faveur de la tenue du Forum social mondial thématique sur les migrations. Pour prendre connaissance de toute l’entrevue, on peut y accéder ici.

La réforme du code de travail, maintes fois proposée, maintes fois reportée, sera-t-elle à l’ordre du jour sous le nouveau gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador (mieux connu sous ses initiales, ALMO) ?

Benedicto Martinez – BMO – Les accords de libre-échange, depuis le Partenariat transpacifique (PTP) et le nouvel accord nord-américain AEUMC, exigent des changements législatifs pour « libéraliser » le marché du travail. Ces accords exigent l’adoption d’une réforme du travail pour permettre une plus grande marge de manœuvre pour les entreprises à conclure des ententes contractuelles au-delà des syndicats officiels. Cet accroissement de la contractualisation comprend aussi des dispositions pour faciliter les mises à pied, ce contre quoi nous nous opposons.

Malgré que de telles exigences étaient déjà prévues dans le PTP, le projet de réforme du travail, que le gouvernement devait introduire, a connu une opposition farouche de la part du patronat mexicain, qui fut appuyé par le gouvernement sortant de Nieto, bien qu’il ait signé l’entente.

La victoire électorale d’AMLO modifie la donne et offre l’espoir d’une réforme plus avantageuse pour le monde du travail. Toutefois, le résultat dépendra de la mobilisation en vue d’obtenir une réforme au bénéfice des travailleuses et des travailleurs qui permettrait le libre choix dans l’adhésion aux organisations syndicales. Il n’y pas de démocratie au sein de la  Confederación de Trabajadores de México (Confédération mexicaine des travailleurs – CMT), les élections sont arrangées et les affiliés ne peuvent pas se désaffilier.

Envisagez-vous une mobilisation contre la nouvelle entente de libre-échange nord-américain?

Le FAT et l’UNT sont opposés au libre-échange et nous partageons l’analyse de la coalition Mexico mejor sin TLC, opposée à l’AEUMC. Cela étant dit, l’entente est maintenant conclue et la conjoncture politique concernant le travail se concentre autour de la réforme du travail qui doit être adoptée l’an prochain par les nouvelles assemblées législatives, à la suite de l’accès d’AMLO et de MORENA au pouvoir.

Est-ce que vous espérez des changements positifs avec AMLO ? Comment expliquer les hésitations d’ALMO sur plusieurs questions importantes?

BMO – C’est un peu tôt pour le dire, mais il y a quelques bons signes. Il est probable que la prochaine ministre du Travail sera Luisa María Alcalde Luján, dont le père était un militant de la première heure du FAT. Il y a aussi d’autres personnes plutôt de gauche qui vont intégrer le gouvernement, notamment au ministère de l’Éducation supérieure. Ce sont de bons signes.

Son gouvernement est basé sur une coalition étrange, avec un parti évangélique et un autre qui a été longtemps l’allié du PRI. Plusieurs de ses proches conseillers viennent de l’élite économique, y compris le milliardaire Carlos Slim. Par contre, AMLO a annoncé vouloir respecter le résultat du référendum sur le méga projet d’un deuxième aéroport pour Mexico, que Slim lui-même voulait mettre de l’avant. Le message d’AMLO est clairement de prendre appui sur le vote citoyen qui a refusé le projet à 60%. Alors qu’il cherche à rassurer le patronat avant son entrée au pouvoir en décembre, la question de l’aéroport est en quelque sorte le premier test pour le nouveau gouvernement. Elle concentre le rapport de force politique dans la nouvelle conjoncture postélectorale. Ce qui en résultera sera instructif de la suite des choses.

 

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